AlpsMan 2018

L’AlpsMan c’est un triathlon format XXL extrême à l’image du Norseman avec une double arrivée en fonction de son heure de passage au « tournant ». Seuls les meilleurs peuvent monter au sommet pour récupérer leur t-shirt de finisher noir mais ceux qui terminent au pied de la montagne peuvent être tout aussi fiers de leur performance.

Voici le résultat des NSTiens:

Rang Nom Prénom Cat. Temps
146 Christophe CASTES V1M 16:21:12
190 William LEVY V1M 14:42:05
194 Elitsa DANAÏLOV V1F 14:45:52
246 François PERNIN V3M 15:30:08
261 Eric LAVAGNA V2M 15:46:17

Christophe nous raconte son aventure:

Allez je me lance parce que c’est une de mes plus belles expériences sportives. Bon courage pour la lecture c’est long !

Voilà un an que William avait eu l’idée folle de faire le Alpsman , après avoir bouclé le Ventouxman…  Au début je pensais qu’il n’y aurait pas de partant au NST et cela me rassurait. Mais lorsque Elitsa, Eric et François ont « signé » je n’ai pas pu me défiler longtemps sous la pression de Will !

On a pu faire une pré-reconnaissance en août 2017 avec Jeanne pour voir un peu dans quoi je m’engageais, et voyant les moyennes réalisées autour des 20-21kmh sur des sorties entre 70 et 90 km, je commençais à prendre conscience de l’ampleur de la tâche qui nous attendrait.

Le 1er septembre marqua le début de la préparation planifiée sur 9 mois, et le 3 septembre arrivait le premier couac puisque je me faisais une double hernie discale (« discopathie portrusive L4-L5 et L5-S1 avec rétrécissement du canal » pour les puristes) qui m’empêcha de galoper pendant 2 mois.

La suite de la préparation fut aussi marquée par une chute à vélo en duo avec Jeanne en décembre sur le verglas, une bronchite en janvier, des tendinites aux bras (vive la natation), un blocage respiratoire à cause des pollens au printemps… sans parler de la météo pas très favorable cette année !

Fin mai j’ai cumulé 170 km de natation (merci  à Clément qui nous a pris en main Eric, Elitsa et moi et qui nous a fait énormément progresser !), 6500 km de vélo avec 45000 m de dénivelé, 720 km de course à pieds avec 6200 m de dénivelé.

Une course test 4 semaines avant l’échéance, le 70.3 de Aix en Provence qui se passe très bien et qui me conforte sur la forme ascendante, suivie d’une reconnaissance du parcours Alpsman afin de me remémorer tous les moindres détails du parcours vélo pour calculer mes temps de passage, optimiser au maximum mon approche du parcours pour grappiller de précieuses secondes et essayer le matériel sur site.

Le départ est donné à 5h30 et je pars sans appréhension, moi qui redoute cette épreuve de natation plus que tout. Je remarque très vite que ma montre GPS n’a pas capté les satellites et moi qui suis d’habitude hyper concentré sur l’écran, aujourd’hui ça ne me gêne bizarrement  pas. J’ai l’impression de bien nager et d’avoir pris les bonnes jambes. Au passage de la bouée à mi-parcours, un coup d’œil sur ma Garmin, je suis en 34 minutes, je n’en reviens pas ! Je persévère et sors du lac en 1h10. Je pense ne pas avoir pris le chemin le plus court sur le final (3900 ou 4000 m peut-être) car je perds un peu de temps. Je suis tout de même très satisfait car j’espérais être entre 1h10 et 1h15. Le plus dur est fait (croyait-il…).

En entrant dans la tente de transition le speaker annonce le départ à vélo de Elitsa qui nage très bien en 1h08, et en quittant le parc nos supportrices m’informent que William est sorti en 1h et Eric en 1h05. Il ne reste plus que François derrière, qui le pauvre a été pris de vomissements au réveil et d’un mal de tête. Il en finira en 1h26, bravo ! J’enfile une tenue de vélo complète et quitte T1 après y avoir passé 6 minutes.

Je pars donc à vélo pour ma partie favorite mais néanmoins hyper difficile. On commence par un enchainement  sur 29 km du col de Leschaux (à l’heure sur mon prévisionnel) dans lequel je passe Elitsa qui a l’air en forme, puis de l’ascension du Semnoz (1 minute de retard) où je double Eric qui n’est pas au mieux.  Depuis le départ du vélo je n’ai pas d’agréables sensations dans les jambes mais j’arrive tout de même à être dans les temps, donc rien d’alarmant pour le moment, surtout qu’il fait encore bon pour rouler et  pas trop chaud.

Avant de plonger sur la descente j’enfile un papier journal sous mon maillot sans m’arrêter et je compte sur cette partie pour reprendre un peu de temps, mais manque de bol celle-ci est humide et je dois être prudent pour ne pas que ma course s’arrête ici. Bilan, au village de Luiz km 43 j’ai un débours de 3 minutes sur le timing, ça commence à faire beaucoup… car tout le temps que je perds à vélo il faudra le reprendre en course à pieds si je veux sonner la fameuse cloche.

Une partie roulante de 15 km suivi du col de Plainpalais sur 11.5 km  me permettent de reprendre 1 minute…  Minute que je reperds aussitôt puisque je fais mon premier arrêt ravitaillement pour remplir mes 2 bidons et rafler tout ce que je peux sur la table (je pars toujours léger sur mes courses et j’avais au départ 2 gels et 2 barres).

On est au km 70, je repars à tombeaux ouverts dans la descente super rapide et c’est payant puisqu’au pied du redouté col des Prés, je suis pile poil à l’heure ! C’est l’ascension que j’appréhende le plus, qui ne fait que 8.5 km mais avec des passages à 10% dans l’avant dernier km. Je passe William au milieu de la montée, juste le temps de savoir qu’il est bien et je le conforte sur le fait qu’avec sa bonne natation il est encore dans les temps pour la cloche, ce qu’il acquiesce.

A ma grande surprise je monte super bien, les sensations arrivent enfin et je franchis le sommet avec 5 minutes d’avance ! « Mieux vaut tenir que courir » n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui ! On enchaine avec une grosse partie roulante descendante de 15 km (2 ème ravitaillement pour ma part) pour retrouver la seconde ascension du col de Plainpalais. Je monte un peu moins vite mais j’arrive à gérer et à basculer avec plus que 2 minutes d’avance suite à mon 3 ème et dernier arrêt ravitaillement.

On est au km 120 et je repars à fond dans cette descente où j’ai compris qu’il y avait du temps à gagner. Et ça se confirme puisque j’arrive au pied du second col des Prés avec 6 minutes dans l’escarcelle ! Un matelas intéressant en cas de défaillance. Et je ne crois pas si bien anticiper car d’un coup je suis planté ! Je n’ai plus l’aisance du premier passage et je mets 5 minutes de plus pour gravir les 8.5 km ! Mais je ne m’affole pas car je sais qu’en haut au km 140, le profil va m’être plus favorable car il va falloir emmener du gros braquet dans les faux plats montants.

Bingo ! Au km 155 j’ai 6 minutes d’avance, puis 10 au km 165 et au km 171 cela fait 12 minutes ! Je rattrape bon nombre de triathlètes qui sont « morts » et qui m’avaient déposé dans les cols bien avant.

Il reste une descente très rapide vers T2 et je réalise que si je prends des risques je pourrai conclure le vélo en moins de 8h alors que j’avais tablé sur 8h15. Je fonce, je double, je relance, tout à fond pour arriver au sprint au parc à vélo en 7h59 ! 23 kmh de moyenne, inespéré !

Changement de tenue complète à la transition où j’ai passé 5 minutes. Je regarde le chrono qui m’annonce 9h28. Il me reste donc 2h32 pour faire 25 km et passer le tournant ! Fastoche (croit-il encore) ! Je m’élance sur mon rythme travaillé à l’entraînement (5 minutes au km) et rapidement je sens que les jambes sont lourdes. Je paye mon final à vélo. Les filles m’encouragent et me crient « c’est bon il ne te reste plus qu’un marathon ! ». J’insiste car je me dis qu’il faut le temps que les muscles se mettent en route mais à la fin du 2 ème km je dois me rendre à l’évidence : panne de jambes ! Aïe !

Alors là je sors la calculette : 2h30 pour faire 25 km ça fait du 10 kmh, c’est bon c’est une formalité… Sauf qu’au  7 ème km j’ai aussi une panne de tête et je commence à marcher ! Il fait super chaud, je m’arrose de bouteilles d’eau entières à chaque rares ravitaillements, je mange des fruits, je bois du cola, le parcours est long… le disque dur commence à surchauffer et je calcule en permanence. Je me force à courir mais parfois ça craque.  Je n’ai qu’une envie c’est de me jeter dans le lac tellement j’ai chaud ! Je termine le premier tour en 48 minutes. Il me reste donc 1h50 pour les 2 suivants. L’étau se resserre mais je suis confiant si j’arrive à rester au-dessus des  10 kmh quand je cours. Le 2 ème tour est un copié collé du 1 er : 48 minutes. Il me reste moins d’une heure pour sonner la cloche. J’ai peur d’avoir un pépin. J’alterne course et marche rapide, c’est de plus en plus dur et la tête dit stop. Mais les encouragements des NSTiens et des proches me donnent la force d’arriver à ce tournant en  11h50 !!! C’était chaud mais ça passe ! La délivrance…

… avant le calvaire… Je suis super content d’avoir réussi ce premier objectif qui pour moi est un but et quelque part la fin de la course. Je prends des nouvelles des potes du club et j’apprends que William qui était le seul à pouvoir encore espérer la cloche, a craqué en fin du 1 er tour à pieds. Mes 4 compères seront tous Lake Finishers et c’est déjà un sacré exploit je vous assure !

Jeanne m’accompagnera et m’assistera pour cette montée finale. Le temps de mettre un t-shirt sec et une paire de chaussures de trail et je quitte T3 (oui ça existe !) au bout de 9 minutes. 3 km de plat pour commencer où Jeanne me demande si je veux courir… oui je voudrai bien, mais j’ai débranché dans ma tête et je suis en mode rando. J’ai mal partout des pieds à la tête, je sens tous les muscles de mon corps qui me tiraillent.

L’ascension de 17 km et 1300 D+ se résumera par des nausées, des arrêts au bord du chemin, des montées de chaleur, des frissons, un défilé de zombies plus blancs les uns que les autres… un véritable chemin de croix de 4h30 pour avoir un t-shirt noir et une médaille après 16h30 de course ! Au bout du bout. Je n’ai jamais terminé une épreuve dans cet état.

Cela a été une belle aventure humaine avec Elitsa, Eric, François et William avec lesquels j’ai partagé nos entraînements hivernaux sous la pluie et dans le froid. Nous avons passé un super séjour en Haute-Savoie sous le signe de la rigolade (avant et après le chantier !).

Un grand merci à ma Jeanne pour m’avoir soutenu, encouragé dans cette aventure, être venue de très loin et avoir fait le direct ! Merci aux 4 compères pour leur joie, leur bonne humeur et pour les barres de rire ! Merci à Clément pour sa disponibilité et sa persévérance à transformer des serpents de mer en nageurs moyens ! Merci à Nadine pour son aide spirituelle si importante.  Merci à tous les NSTiens pour vos encouragements, pour nos entraînements partagés dans des conditions difficiles, à ceux qui m’ont poussé à me faire mal pour progresser et à ceux que j’ai un peu aidé sur le vélo et qui m’ont permis d’endurcir mes cuisses !!!

Alors soyez sérieux s’il vous plaît… n’y allez jamais !!!

« Tout ce dont nous avons besoin pour réussir dans la vie (et dans le sport !) est l’ignorance et la confiance. » Mark Twain

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5 réponses à AlpsMan 2018

  1. Castou dit :

    Un bien beau séjour avec les amis !

  2. AnniePaule dit :

    Quel compte rendu précis et haletant!
    Bravo pour ta réparation et ta performance…

  3. Elitsa dit :

    Bon je prépare aussi un petit récit:) Merci pour les frissons en te lisant! J’ai adoré partagé cette course avec vous et toi tu as été impressionnant dans la gestion et la préparation de tout! Bravo!

  4. Castou dit :

    Merci Will 😁

  5. Levy dit :

    J’aurai pas dit mieux, champion. Encore bravo !!!

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