LG Trail par Alain Duperet

Bonjour à tous,

Ce weekend se déroulait la LG Trail entre Lausanne et Génève, soit 120 km pour un dénivelé 4000m D+. Après un départ à 2 heures du matin de Lausanne et après 22h39 de rando-course, en passant par des moments de détresse, d’euphorie mais sans les hallucinations qui semblent toucher certains concurrents, mon compère Sylvain et moi-même arrivons à bon port à Genève. Sur 180 inscrits, nous serons 120 à arriver et, surprise, nous passons pour la première fois dans le top 100 d’une course en finissant 98 et 99ème.

Que retenir de tout cela ? D’abord le frisson des courses nocturnes, frontale allumée. Dans un monde différent où quelques rubalises brillent dans la nuit pour nous guider, les difficultés n’apparaissent pas et l’on se concentre sur ses sensations internes et les bruits de la nuit. Puis, le moment magique arrive avec le lever du soleil, sur les montagnes suisses et le lac Léman. Il est temps de repasser dans le monde réel. Nous avons notre petit secret, pour les coureurs économes, la méthode Cirano : succession de séquences de 6 minutes de course, suivies d’une minute de marche, tout cela répété à l’infini. Il faut être fort moralement car cela vous propulse en queue de peloton dès le départ. A Lausanne, cela s’est confirmé comme à chaque fois. Tous les concurrents partent comme des balles et après 15 minutes, nous étions bons derniers avec l’appréhension d’être rattrapés par les barrières horaires ; en Suisse, on ne badine pas avec les horaires, nous en reparlerons. En tout cas, au premier ravitaillement, le duo respire, nous avons 40 minutes d’avance et rapidement, nous nous calerons sur 1h30 d’avance jusqu’à la fin. C’est bon pour le moral, ainsi que le fait de remonter progressivement des concurrents. Avec les abandons, nous aurons remonté finalement 60 personnes. Autre satisfaction, une méteo clémente qui fait apparaitre le Jura sont un angle magnifique. La montagne résonne des cloches que les vaches portent, et tout en évitant les bouses de vache et leurs nuages de mouches, les traversées des pâturages vous immergent dans la vraie nature. Nous rattrapons à ce stade un coureur qui fait la course pieds nus. Chapeau à lui, même s’il abandonnera à Saint-Cergue, à mi-course.

Dans cette aventure, trois montées concentrent plus de 3000 mètres de D+, dont la plus technique est celle de la Dole à 1677 m. A l’assaut de cette dernière, plusieurs sections sont des pistes de ski à suivre le long de la ligne de plus grande pente et pour la descente, ce sont 700 m d’une piste monotrace bien raide, succession sans fin de racines et de cailloux, les fameux cailloux du Jura qui glissent (c’est vrai ! ). Une fois redescendus au pied de la Dole et les grosses difficultés passées, le moral devrait être au top mais me concernant, cela sera l’inverse ; lassitude, sensation de la nuit qui revient, plus de soupe au ravitaillement, quelques morceaux de saucisses tièdes ; heureusement, coach Sylvain fait ce qu’il faut. La section suivante, seule section française de la course, constituée de quelques bosses bien senties sera mon calvaire. Cela monte régulièrement sur une piste forestière sans âme. Je commence à marcher dans les montées, Sylvain s’envole et je me sens seul. Arrivé au PK 91, après avoir eu envie d’arrêter, j’ai repris du poil de la bête (en récitant des pyramides de nombres, vieux truc pour se reconcentrer que je vous recommande). De là, nous repartons pour rentrer à la nuit tombante dans la dernière section forestière, le Mont Mussy. On avance bien, les rubalises lointaines nous appellent, comme des sirènes. Elles provoqueront le naufrage de concurrents derrière nous qui s’y perdront et feront 4 km de plus ; vers le 100ème km, ce n’est pas le bon moment. Avant-dernier ravitaillement, cela commence à sentir bon l’étable et nous avons deux heures d’avance sur le timing. Le cerveau commande de décompresser et globalement, nous ne ferons plus que marcher sur les 18 derniers kilomètres, vite certes, mais marcher quand même. Ce n’est pas grave car nous avons de la marge et nous ne perdrons que 30 minutes avec cette option.

L’arrivée sur Genève est plutôt quelconque. Nous longeons des routes, nous commençons à en avoir assez et les frontales fatiguent jusqu’à s’éteindre. Heureusement, les bénévoles savent nous remotiver. L’arrivée se profile, la rumeur de la ville monte, le cerveau gamberge à nouveau et magie de la nuit, nous passons enfin sous l’arche, de nouveau au bord du lac Léman, face au célèbre jet d’eau. La famille de Sylvain nous accueille ; photos, videos, congratulations, heureusement qu’ils sont là car à l’arrivée, il n’y a presque rien à grignoter ou boire et les douches sont fermées (vous savez, la rigueur suisse quant aux horaires). Tout ceci n’est pas grave car l’important que vous connaissez tous est ailleurs, celle la sensation du devoir bien accompli quand on relève un défi.

Moralité de tout cela, c’est le sentiment d’avoir atteint un objectif ambitieux pour moi, sans avoir de crampes, en gérant le poids du sac et la nutrition adaptée pour une telle course. C’est fait mais je ne suis pas sûr d’avoir envie de le refaire. J’aime beaucoup courir en nature, mais pour en profiter. Avec mon niveau et sur pareille distance, l’effort est tel que l’on est en mode incertitude et économie tout le temps. Pas question de s’arrêter longtemps, on n’ose pas dévaler les pentes ou courir dans les montées, au risque de ne pas finir. Cette épreuve m’a par contre rassuré sur ma capacité à tenir une longue distance. J’ose maintenant m’inscrire pour le marathon des sables en 2020. La distance sera plus longue mais le bivouac en plein désert sur une course à étapes m’apparait enfin accessible. Si certains veulent m’accompagner dans cette aventure, j’en serai ravi.

Amitiés sportives

Alain Dupéret, le 23/09/2019

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